Nan Goldin a fait de sa propre vie et de celle de ses proches la matière d’une œuvre photographique. Son parcours, son journal visuel, ses diaporamas et ses expositions dessinent une œuvre où l’intime devient mémoire collective, prolongée par un engagement public qui inspire encore les artistes d’aujourd’hui.
Qui est Nan Goldin ?
Nan Goldin est une photographe de nationalité américaine. Elle est née en 1953 à Washington, D.C. Son œuvre ne commence pas par un style mais par un besoin : garder une trace des gens qu’elle aime, puis faire de cette trace une forme artistique à part entière.
Une enfance marquée par la perte
Le suicide de Barbara, sa sœur aînée, survient alors que Goldin est encore enfant. Ce drame marque durablement l’histoire de la famille et nourrit plus tard son travail, qui reviendra explicitement sur cette disparition.
L’apprentissage et les premières rencontres
À la Satya Community School, elle rencontre David Armstrong, qui devient un ami proche et un compagnon de route artistique. Elle étudie ensuite à l’école des Beaux-Arts de Boston, la School of the Museum of Fine Arts. Ses premières images montrent déjà ses proches et les milieux queer qu’elle fréquente à Boston.
De Provincetown à New York
Provincetown compte parmi les premiers lieux où elle photographie son entourage. Ce cercle d’amis, observé de l’intérieur, annonce très tôt son approche : photographier des personnes qu’elle aime plutôt qu’un milieu vu de l’extérieur.
En 1978, elle s’installe à New York et poursuit ce travail au contact de la scène artistique et nocturne de la ville. Berlin rejoint ensuite les villes qui jalonnent son parcours.
Comment construit-elle son journal visuel ?
Goldin ne documente pas un milieu de l’extérieur : elle photographie la vie qu’elle partage avec les personnes qu’elle aime. Ce choix détermine aussi bien ses sujets que sa lumière, ses cadrages et la façon dont elle montre ses images.
Des proches au cœur du récit
Depuis les années 1970, ses amis, ses amours et sa famille choisie sont photographiés dans leur quotidien. Elle qualifie elle-même cet ensemble de « journal intime », une mémoire de moments réellement vécus avec eux.
Ce journal réunit fêtes, étreintes et scènes domestiques, mais aussi violences, dépendance, maladie et deuil. Les mêmes visages reviennent d’une image à l’autre, si bien que vous suivez des existences entières plutôt que des instants isolés.
Couleurs, cadrages et autoportraits
Après des débuts en noir et blanc, elle développe dans les années 1970 des images aux couleurs saturées, souvent éclairées au flash ou à la lumière artificielle. La photographie de Nan Goldin repose aussi sur des cadrages rapprochés et une apparence spontanée, qui vous font entrer dans des scènes privées comme dans des soirées entre amis.
L’autoportrait occupe une place dans cette pratique, à côté des portraits de ses proches. Dans Nan One Month After Being Battered (1984), réalisé après des violences commises par son compagnon, le regard frontal et les marques sur son visage font de l’image un témoignage. Certaines œuvres existent en tirages Cibachrome, un procédé couleur par destruction de colorants : l’épreuve de David by the Pool at the Back Room, Provincetown, 1976 mesure 101,6 × 69,6 cm.
Le diaporama comme forme narrative
Goldin agence ses photographies en diaporamas accompagnés de musique et de son, qu’elle décrit comme des « films composés de photos ».
Dans ces projections, le sens naît du montage : le choix des images, leur ordre, leur durée d’apparition et la bande-son construisent l’histoire. Une même photographie peut ainsi changer de portée selon ce qui la précède.
Depuis 2004, elle y intègre aussi des images animées, des voix et des documents d’archives. Le diaporama glisse alors vers l’installation, sans perdre son principe de départ.
Le Travail d’Haroboz
Également fan d’Art et de Design.
Quelles sont ses œuvres majeures ?
Ses œuvres principales sont des projections qui évoluent au fil des années. Leurs dates couvrent souvent plusieurs décennies : celle de la conception, celle des photographies et celle de la version projetée ne se confondent pas.
The Ballad of Sexual Dependency
Cette œuvre centrale raconte les relations de Goldin et de son entourage à travers portraits, couples, chambres, fêtes et ruptures. Elle n’a jamais été figée : l’artiste continue d’en modifier l’ordre et la musique.
Bon à Savoir
je vous signale qu’une autre description de l’œuvre évoque 45 minutes et plus de 900 photographies, et je vérifie toujours de quelle version parle un chiffre avant de le citer.
The Other Side, Heartbeat et Sisters, Saints, Sibyls
The Other Side rend hommage aux proches trans de Goldin, aux personnes travesties et aux drag queens. Sa version datée de 1992 à 2021 réunit des portraits pris entre 1972 et 2010. Elle dure 16 min 44 s. Consacré à l’intimité des couples, Heartbeat est réalisé entre 2000 et 2001 pour son exposition parisienne : 245 diapositives couleur pour 15 min 08 s.
Sisters, Saints, Sibyls, conçue en 2004, revient sur sa sœur Barbara, le traumatisme familial et le suicide. La version de 2026, datée de 2004 à 2022, associe une vidéo sur trois canaux à des éléments sculpturaux. Elle dure 35 min 17 s.
Dépendance, cinéma et mythes
Memory Lost (2019-2021) mêle archives personnelles, voix et musique autour de la dépendance et du sevrage. Sirens (2019-2020) réemploie une trentaine d’extraits de films pour évoquer l’extase liée à la drogue.
Stendhal Syndrome (2024) rapproche des portraits de proches de l’art classique et de six mythes des Métamorphoses d’Ovide. Le journal intime rejoint ici la grande peinture que l’on découvre au musée.
Quelles expositions ont fait connaître Nan Goldin ?
Ses diaporamas, d’abord projetés dans des clubs, ont gagné les grands musées internationaux. La dernière étape majeure s’est tenue à Paris en 2026.
La rétrospective au Grand Palais
L’exposition itinérante This Will Not End Well est passée par Stockholm, Amsterdam, Berlin et Milan avant d’arriver à Paris. La présentation de Nan Goldin au Grand Palais s’est tenue du 18 mars au 21 juin 2026 ; elle est aujourd’hui terminée.
Le Grand Palais l’a présentée comme la première rétrospective française de ses vidéos et diaporamas, et non comme sa première exposition en France.
Six ensembles y étaient réunis : The Ballad of Sexual Dependency, The Other Side, Sisters, Saints, Sibyls, Memory Lost, Sirens et Stendhal Syndrome.
Des projections pensées pour leurs lieux
Cinq pavillons conçus par l’architecte Hala Wardé accueillaient les projections. Sisters, Saints, Sibyls était montrée à part, dans la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, pour laquelle l’œuvre avait été conçue en 2004.
Un projet consacré à Gaza était signalé en 2026 comme en cours de construction. Il reste distinct des six œuvres achevées de la rétrospective.
Les étapes antérieures de sa reconnaissance
Le Whitney Museum lui a consacré I’ll Be Your Mirror du 3 octobre 1996 au 5 janvier 1997.
À Paris, le Centre Pompidou accueille Nan Goldin, le feu follet du 11 octobre au 31 décembre 2001. Plus de 400 photographies y figuraient, selon son catalogue.
Au 13 octobre 2026, aucune nouvelle exposition parisienne ouverte après celle du Grand Palais n’est confirmée.
Quel est l’impact artistique et politique de Goldin ?
Chez Goldin, l’image intime et l’engagement public relèvent du même geste : refuser que des vies disparaissent sans trace. Son influence tient autant à ses combats qu’à ses photographies.
La mémoire des communautés et le militantisme
Ce refus de l’effacement prend très tôt une forme collective, puis militante, en réponse aux crises qui frappent son entourage.
P.A.I.N. conteste le rôle de la famille Sackler dans la crise des opioïdes et les liens entre son mécénat et les institutions culturelles. Cette mobilisation a contribué au retrait du nom Sackler de certaines d’entre elles.
Un parcours raconté au cinéma
Le documentaire que Laura Poitras consacre à Nan Goldin, Toute la beauté et le sang versé, relie son travail, les pertes de l’épidémie de sida et son combat contre la crise des opioïdes.
Le film reçoit le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2022, puis une nomination à l’Oscar du meilleur documentaire en 2023. Il sort dans les salles françaises le 15 mars 2023.
Un héritage pour les artistes contemporains
L’œuvre de Goldin a contribué à faire reconnaître la photographie intime et autobiographique dans l’art contemporain. La vie privée et les relations amoureuses y deviennent des sujets de photographie d’art.
Pour les créateurs d’aujourd’hui, son parcours montre qu’un récit personnel peut devenir la mémoire d’un groupe et rendre visibles des expériences longtemps marginalisées. Demandez-vous, devant vos propres images, qui elles gardent en vie.
Foire aux questions
Rédigé par

Jim Zielenkiewicz
Accompagnateur d’artistes
Formé chez Traffic Creative Management à New York, aujourd’hui dirigeant d’AAZ Galerie, il accompagne les artistes dans leur développement commercial et digital.






