Gilbert & George, le duo d’artistes révolutionnaires

Cet article explore l’univers du duo d’artistes britanniques Gilbert & George, leur biographie, leur démarche et leurs œuvres les plus marquantes. Vous y découvrirez comment leur vie commune est devenue la matière même d’un art contemporain radical, situé entre performance, photographie et sculpture vivante.


Gilbert & George, artistes et sculptures vivantes

Gilbert & George forment l’un des duos les plus singuliers de la scène artistique internationale depuis plus de cinquante ans. Ils ont construit une œuvre totale où la vie et la création ne se séparent plus. Leur propre visage apparaît sur chaque image, comme une signature indissociable.

Qui sont Gilbert & George ?

Ils forment le duo Gilbert & George depuis la fin des années 1960. Gilbert Prousch est né le 11 septembre 1943 à San Martino in Badia, dans la province italienne de Bolzano, tandis que George Passmore est né le 8 janvier 1942 à Plymouth, en Angleterre. Leur rencontre à Londres a changé le cours de leurs vies.

Un couple dans la vie

Gilbert et George sont aussi un couple dans la vie privée. Mariés depuis 2008, ils vivent depuis 1968 dans une maison géorgienne restaurée de Fournier Street, à Spitalfields, dans l’East End londonien. C’est dans cet environnement que s’est formé leur regard sur la rue, le corps social et les tensions de leur époque.

  • Apparence codifiée : leurs costumes stricts et leurs cravates à motif prolongent délibérément leur œuvre, tout en contrastant avec la radicalité de leurs sujets.
  • Vie commune : ils partagent le même foyer depuis plus de cinquante ans, ce qui rend indissociables leur existence quotidienne et leur pratique artistique.
  • Mariage : leur union civile, célébrée en 2008, a officialisé une relation artistique et intime déjà longue de quarante ans.

Là où d’autres artistes maintiennent une distance entre leur personne et leur travail, ils refusent cette frontière. Ils l’affirment dans chaque apparition publique comme dans chaque photomontage.

La naissance du duo à Londres

Les deux artistes se rencontrent le 25 septembre 1967, alors qu’ils étudient la sculpture à la St Martins School of Art de Londres, aujourd’hui connue sous le nom de Central Saint Martins. Gilbert avait auparavant étudié à la Wolkenstein School of Art et à la Hallein School of Art, en Autriche. George, lui, avait fréquenté le Dartington Hall College of Art puis l’Oxford School of Art.

Dès leurs premiers travaux communs, ils posent les bases d’une pratique où la sculpture vivante prime sur tout objet fabriqué. Leur installation à Londres leur offre un ancrage territorial décisif : l’East End, ses rues, ses habitants et ses tensions sociales deviennent la matière d’une part considérable de leur production.

The Singing Sculpture en 1970

En 1969 et 1970, ils élaborent leur performance fondatrice. Pour situer cette démarche dans l’art français, le duo Pierre et Gilles offre une référence comparable par sa fusion entre corps et image. Gilbert et George se tiennent debout sur une table, le visage et les mains couverts de poudres métalliques multicolores, tandis qu’ils miment en boucle la chanson « Underneath the Arches » de Flanagan et Allen, parfois pendant plusieurs heures. Il s’agit de leur première apparition en public comme œuvre à part entière.

  • Durée : la performance peut se prolonger plusieurs heures sans interruption, transformant la répétition en langage artistique.
  • Corps peints : les poudres métalliques appliquées au visage et aux mains abolissent la frontière entre personne et objet sculpté.
  • Chanson : « Underneath the Arches », mélodie populaire britannique des années 1930, devient le support d’une réflexion sur la précarité et la mémoire collective.

Cette pièce fixe leur méthode pour les décennies suivantes : se placer eux-mêmes au centre de chaque œuvre, faire du corps un médium et refuser toute distinction entre l’artiste et la création. Pour élargir cette réflexion sur la tension entre corps et image, tu peux aussi découvrir le photographe Fred Goudon et son œuvre, qui explore le nu masculin et prolonge ce questionnement sur la présence et la représentation.

Icone Bon à Savoir

Bon à Savoir

lors des représentations de « The Singing Sculpture » aux États-Unis en 1971, Gilbert & George ont tenu la performance pendant huit heures d’affilée à la Sonnabend Gallery de New York, sans pause, un épisode qui a durablement marqué la scène de l’art américaine.


Foire aux questions

Oui. Gilbert et George forment un couple dans la vie privée depuis les premières années de leur collaboration. Mariés en 2008, ils vivent ensemble depuis 1968 dans leur maison de Fournier Street, à Spitalfields, London.

Dès la fin des années 1960, ils se désignent eux-mêmes comme des sculptures et refusent de produire des objets séparés de leur personne. Ils résument cette position par la formule « notre vie est une grande sculpture », qui place les artistes eux-mêmes au centre de chaque production, du photomontage à la performance.

Plusieurs institutions conservent des pièces essentielles du duo. Le musée Mudam Luxembourg possède « TWENTY-EIGHT STREETS » (352 x 672 cm), acquise en 2005. En 2007, la Tate Modern de London a consacré au duo la plus grande rétrospective jamais organisée dans ce museum pour un artiste vivant. La Collection Pinault réunit « Kit » (2005), « Blood Tears Spunk Piss » (1996) et « Cry » (1984). La galerie Thaddaeus Ropac et la galerie White Cube ont également exposé leur travail en Europe. Ouvert en avril 2023 à London, le Gilbert & George Centre présente actuellement « DEATH HOPE LIFE FEAR… », jusqu’au 28 février 2026.

Gilbert & George et Pierre et Gilles sont deux duos qui travaillent à quatre mains, mais leurs méthodes sont radicalement différentes. Pierre et Gilles associent photographie et peinture dans des compositions très élaborées, peuplées de figures mythologiques, religieuses ou pop, avec une esthétique saturée et sentimentale. Gilbert & George travaillent le photomontage de très grand format, d’abord en noir et blanc, puis dans des couleurs vives, en intégrant systématiquement leur propre visage à chaque pièce. Leur art est plus politique, social et transgressif, en lien direct avec la rue, la religion, le sexe et la mort. En 2003, le portrait de Lio par Pierre et Gilles, « La Madone au cœur blessé », s’est vendu 196 500 dollars à New York. Ce montant constitue un repère de marché pour situer les cotes de l’époque dans l’art contemporain, notamment si l’on veut effectuer une comparaison avec George en 2003.

Rédigé par

Auteur de l'Article

Jim Zielenkiewicz

Accompagnateur d’artistes

Formé chez Traffic Creative Management à New York, aujourd’hui dirigeant d’AAZ Galerie, il accompagne les artistes dans leur développement commercial et digital.

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