Zanele Muholi, artiste et activiste visuelle en Afrique du Sud

Qui est Zanele Muholi

Cet article retrace le parcours, la démarche et l’œuvre photographique de Zanele Muholi, artiste et activiste sud-africain·e dont le travail documente les communautés LGBTQIA+ noires avec une force visuelle rare : les origines, la formation, les séries majeures et les distinctions qui ont accompagné une reconnaissance internationale.

Précision d’usage : Muholi se définit comme non-binaire et utilise en français les pronoms « iel » (sujet) et « ellui » (après une préposition), ainsi que les accords inclusifs. Cet article suit cet usage.


Une œuvre où l’image devient un acte politique

Zanele Muholi est une figure majeure de la photographie contemporaine engagée. Son œuvre s’inscrit dans une histoire où l’image devient un acte politique, comme le montre aussi la photographie masculine de Mapplethorpe, qui a contribué à déplacer le regard porté sur les corps marginalisés.

Les origines de Zanele Muholi

Né·e en 1972 à Umlazi, un township de Durban, en Afrique du Sud, Muholi est le·la dernier·e d’une fratrie de cinq enfants, dans une famille de culture zouloue. Avant de se consacrer à la photographie, iel a travaillé dans un salon de coiffure. Iel arrive donc à l’image sans passer par le cursus habituel d’une école d’art : un point de départ très éloigné des musées qui exposent aujourd’hui son travail, et qui explique l’ancrage de sa pratique du côté des vies ordinaires des townships plutôt que des codes du milieu artistique.

La formation et le parcours de Muholi

Entre 2002 et 2003, Muholi suit une formation avancée au Market Photo Workshop de Newtown, à Johannesburg, une école fondée par le photographe David Goldblatt. En 2009, iel obtient un Master of Fine Arts en médias documentaires à l’université Ryerson de Toronto.

Ce parcours est indissociable de son engagement, et de façon très concrète. Dès 2002, pendant sa formation photographique, Muholi cofonde le Forum pour l’autonomisation des femmes (FEW), une organisation de défense des femmes noires lesbiennes en Afrique du Sud. Son mémoire de master porte ensuite sur l’histoire visuelle de l’identité lesbienne noire dans le pays post-apartheid. L’école, l’université et le terrain associatif traitent donc du même sujet : rendre visibles des existences que les archives sud-africaines ont laissées de côté. C’est cette continuité entre outil technique, recherche et action collective qui installe durablement Muholi dans le champ de l’art contemporain.

  • Market Photo Workshop (2002-2003) : formation avancée en photographie à Johannesburg, dans l’école fondée par David Goldblatt, figure tutélaire du documentaire sud-africain.
  • Master of Fine Arts (2009) : diplôme en médias documentaires obtenu à l’université Ryerson de Toronto, devenue depuis la Toronto Metropolitan University.
  • Muholi Art Institute (2021) : fondation par Muholi d’un institut dédié à l’éducation artistique, où la transmission devient un vecteur de résistance.
  • Professorat honoraire : poste à la Hochschule für Künste de Brême, en Allemagne, qui confirme une reconnaissance pédagogique au-delà des frontières sud-africaines.

Le site officiel de Zanele Muholi rassemble les séries, les expositions et les initiatives communautaires de l’artiste. La biographie complète est également accessible sur la page consacrée à Zanele Muholi sur Wikipédia.

L’activisme visuel comme démarche

Muholi refuse le titre de photographe ou d’artiste au sens conventionnel et se définit comme activiste visuel·le : l’appareil photo est pour ellui un outil de lutte contre les injustices. Chaque image devient ainsi un geste politique, dans la continuité du principe féministe selon lequel « le privé est politique ».

Cet engagement prend aussi une forme collective. Après le Forum pour l’autonomisation des femmes en 2002, Muholi fonde en 2009 la plateforme Inkanyiso, dont la devise est « Produire, éduquer, diffuser » : elle forme de jeunes photographes queer et diffuse leurs images, afin que la communauté noire LGBTQIA+ produise elle-même ses propres représentations plutôt que d’être documentée de l’extérieur.

Les institutions et la transmission

La reconnaissance institutionnelle de Muholi dépasse largement le continent africain. Des expositions personnelles lui ont été consacrées dans des lieux majeurs comme la Tate Modern ou la Maison Européenne de la Photographie, affirmant la légitimité d’une démarche longtemps reléguée aux marges. L’université de Liège lui a remis un doctorat honorifique en 2023, soulignant la portée académique de son engagement.

  • Tate Modern, Londres (2020) : grande rétrospective consacrée à l’œuvre de Muholi dans l’un des musées les plus influents du monde.
  • Maison Européenne de la Photographie, Paris (2023) : première rétrospective complète en France, réunissant 200 clichés et faisant de cette exposition un événement photographique majeur.
  • Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres (2017) : distinction française qui consacre une trajectoire fondée sur la cohérence entre création et résistance.

Pour élargir cette réflexion à d’autres registres visuels, le travail photographique de Fred Goudon et l’univers hybride de Pierre et Gilles interrogent, chacun à leur manière, la représentation du corps et de l’identité.

Icone Bon à Savoir

Bon à Savoir

le Lucie Humanitarian Award reçu par Muholi en 2019 compte parmi les rares prix photographiques à distinguer explicitement l’engagement humanitaire d’un·e auteur·e, au-delà de la seule qualité formelle des images.


Foire aux questions

Zanele Muholi est un·e artiste visuel·le et photographe sud-africain·e, né·e en 1972 à Umlazi, près de Durban. Iel se définit comme non-binaire et utilise les pronoms « iel » et « ellui » en français. Muholi se présente avant tout comme activiste visuel·le : chaque photo devient, pour ellui, un acte de résistance contre la discrimination et l’invisibilisation des personnes noires LGBTQIA+. Sa photographie documente des vies que la société sud-africaine tente d’effacer, alors que l’homophobie reste courante malgré l’interdiction constitutionnelle, adoptée en 1996, de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.

Deux séries ont construit l’essentiel de la reconnaissance internationale de Muholi. Initiée en 2006, « Faces and Phases » rassemble environ 300 portraits de femmes noires lesbiennes, photographiées en noir et blanc, sans décor ni artifice. La série a été présentée à la dOCUMENTA (13) de Kassel en 2012, puis au pavillon sud-africain de la Biennale de Venise en 2013.

Commencée en 2012, « Somnyama Ngonyama », qui signifie « Salut à toi, lionne noire » en zoulou, réunit des autoportraits consacrés aux représentations du corps noir. Muholi y transforme des objets associés à l’oppression en parures. Ces images interrogent le racisme, l’eurocentrisme et les politiques sexuelles avec une frontalité saisissante.

L’Afrique du Sud a inscrit dans sa Constitution de 1996 l’interdiction de toute discrimination liée au genre ou à l’orientation sexuelle. Pourtant, les crimes de haine contre les personnes LGBTQIA+ restent courants, notamment dans les townships. Les personnes noires queer subissent une double discrimination, en tant que minorité sexuelle et raciale.

Muholi photographie ces communautés pour élaborer un lexique visuel positif, restituer leur dignité et constituer une archive de vies trop souvent ignorées. Chaque portrait repose sur une démarche collaborative : les participant·es choisissent le lieu, la pose et les vêtements.

Muholi a reçu le prix de l’Index on Censorship et le Prix du Prince Claus en 2013, puis l’ICP Infinity Award for Documentary and Photojournalism en 2016. La France lui a attribué la distinction de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2017, puis le Lucie Humanitarian Award en 2019. En 2023, l’université de Liège lui a remis un doctorat honorifique.

Rédigé par

Auteur de l'Article

Jim Zielenkiewicz

Accompagnateur d’artistes

Formé chez Traffic Creative Management à New York, aujourd’hui dirigeant d’AAZ Galerie, il accompagne les artistes dans leur développement commercial et digital.

Autres Articles